Lorsque le soleil tombe

note générale du chat: il s'agit du premier roman (de sept romans) tiré de Romans, un roman.

Cette oeuvre est une suite imaginaire de Niagarak. Sevy Erravan, double poétique du romancier, y apparaît à nouveau entouré d'authentiques poètes espagnols comme Lorca ou Bécquer.

Parfois

Lorsque le soleil tombe

In ne me manque

Qu'un peu de tendresse

Mais ce sentiment

Lui-même est une ivresse

Alors, alors, alors...

Un individu mystérieux, Abel Devilsworth (mais peut-il y avoir quelqu'un ou quelque chose de pire que le diable ?) rencontre David Donnovan lors d'un voyage en train au début du roman. Road-movie sur rail ? Le roman peut aussi se lire comme l'adieu à un personnage important de l'imaginaire navarrien. L'intrigue se déroule ainsi à nouveau en Espagne et on va retrouver la Loca, personnage fascinant de Niagarak. Les acteurs principaux sont David Donnovan, dramaturge connu, son père Henri, retiré des conseil et affaires politiques, sa mère Jeanne Hadrienne, disparue. Rachel, l'amie de David, absente et omniprésente, peut-être comme la mère. Un épisode historique à signaler: les réfugiés portugais accueillis par les Espagnols dans les années 50.

Le Navarrien averti y trouvera aussi des références à d'autres oeuvres telles que Il pleut si on tuait papa-maman ou Killer transformé pour l'occasion en pièce de théâtre.

quelques citations :

trop tard, on ne quitte plus quelqu'un que l'on porte en soi

à force de boucler les boucles de ses obsessions, on s'étrangle


Lorsque le soleil tombe en version pdf texte avec quelques notes de bas de page

 

Extrait :

« Mon nom est Abel Devilsworth. Je suis un artiste. Je ne suis pas connu. Devilsworth, ça veut dire pire que le diable . Ça m'amuse de porter un nom impossible. C'est comme un costume de théâtre qui ne se démoderait jamais. Prénom? Abel. Je vais jusqu'à Madrid. Et vous ? » « Je vais beaucoup plus loin. » David sourit.

Train vide. De la gare d'Austerlitz à la frontière espagnole, seuls dans leur compartiment, David et son voisin d'en face ne se sont pas adressé la parole. Ils ne se sont même pas échangé un regard. Une compagnie comme une autre. « Pourquoi souriez-vous ? » David baisse les yeux, pose les mains sur les genoux, hausse les épaules et murmure « rien, comme ça ... » Il regarde le paysage, manière de dire « ne nous disons pas tout tout de suite », question de faire durer un plaisir de la vie : le train. Prendre le temps du temps. Prendre le temps de voyager avec le paysage aussi. Le train longe la mer une dernière fois. Le soleil tombe à l'horizon. David prouve le besoin de mesurer en lui les distances de la vie.


Paris, Hendaye et après, après ? David n'a pas cessé de scruter les campagnes, de guetter sur les routes, les chemins, le long des bois et des prés, les voyageurs solitaires, les chiens, les oiseaux, les nuages qui se chevauchent à la dérive, l'accident des villes et des banlieues, les surgissements des villages et des bourgs, les gares traversées à si vive allure qu'on ne peut même pas lire le nom de la localité. Ou bien si, on lit W.C. « Tiens, nous venons pour la énième fois de passer en gare de W.C. » En temps normal, David en eût fait une boutade. Il en aurait ri tout seul. Par dérision. Vingt heures de train,
tout ce chemin parcouru, l'ennui de cette distance subie, David l'a voulu, désiré même. Mais son sentiment est incomplet, il le sait. Il le mesure également. Il ne sait pas où il va. Ou bien revient-il sur les lieux de son propre crime ?

Pour revenir à l'introduction.