Je vis où je m’attache (1978)

Quand Yves quitte Joucas, c'est pour se rendre chez Saubade. Et sur la terrasse qui domine le Rhône, il parle avec son amie des premières pages d'un texte qui le hante et le harponne : il serait question d’Adrienne, du silence d'Adrienne et du récit de sa vie : tout ce qu'elle dit et se dit encore, en elle, derrière l'écran d'un silence de naufrage. Il serait question de lui donner la parole dans un roman qui serait tout entier elle et à elle. Premières pages du Silence du ciel que Saubade écoute, lues à voix haute par Yves, et qui lui font dire « je veux la suite. Tu me liras la suite, demain ? » Et ainsi de suite. Qui écrit alors ? L'amie qui demande ou l'auteur qui frappe les mots ?

Yves rencontre, ces jours-là, Jacques qui doit mettre en scène La Guerre des piscines au Petit-Odéon. Ils deviendront amis comme d'autres deviennent amants. Seule différence : la durée et la confiance. Quand Jacques épousera Nicole, il sera témoin de leur mariage, un jour d'hiver, mairie du IXe arrondissement, deux époux et deux témoins. Jacques et Nicole ont deux chats, un «lui» et une «elle», comme Yves.

Début août, Saubade annonce à Yves qu'elle doit aller à Paris pour se faire faire des analyses. Elle se sent fatiguée. C'est une fin d'après-midi. Le soir, il y a représentation de Fidelio au théâtre antique d'orange. Yves s'y rendra seul. A l'entracte, il quitte le théâtre, fiévreux. Il claque des dents. Palpitations. Deux jours plus tard, il remonte à Paris et, alors que Saubade ne l'attendait pas, il lui rend visite à l'hôpital Henri-Mondor, longs couloirs, portes entrouvertes, visions d'êtres, hommes, femmes, enfants, sous perfusions, condamnés pour la plupart : Saubade est perdue. Mais quand Yves est là, elle sourit. Elle veut la suite du roman. Et c'est pour elle autant que pour Adrienne qu'Yves écrit Le Silence du ciel qui, demande du troisième éditeur, deviendra Je vis où je m'attache, titre choisi par Saubade, à cause du lierre poussant sur la façade de la maison de Joucas. Biographie, tome II, chapitre 88.

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