Repères biographiques

 

Yves Navarre, écrivain (romancier) et dramaturge français, est né à Condom (Gers), le 24 septembre 1940. Il est mort à Paris le 24 janvier 1994.

Yves Navarre est le plus jeune des 3 fils de l’ingénieur René Navarre et d’Adrienne Bax.

note du chat : Voir le roman Biographie pour plus de détails sur la vie d'Yves Navarre jusqu'en 1980 et, sur le parcours de René Navarre en particulier, le chapitre intitulé "L'émotion de départ" . Voir ensuite le Carnet de bord dans Romans, un roman, Une vie de chat, La Terrasse des audiences au moment de l'adieu, Dernier dimanche avant la fin du siècle et Un condamné à vivre s'est échappé.

Condom est une ville de saisons. L'automne y rougeoie, inlassable, soufflant sur les braises de l'été, faisant naître les pourpres, les jaunes vifs, levant des odeurs d'herbe et de terre, odeurs cambrées: l'étreinte de l'été fut brûlante. Chaque hiver y invente des grisailles douces et des matins tranchants. L'air, ici, ne plonge ni ne stagne, il coule comme un ruisseau, se prend parfois pour un torrent. Le printemps y vibre, fait claquer les volets, fleurit les jardins, caresse la belle endormie aux bons endroits des façades, et tout s'érige de nouveau pour la bataille de paille et de sarments de l'été. Yves est un fils de l'automne, d'un premier jour de cet automne 1940. Le printemps et l'été ne seront toujours, pour lui, que les deux dernières saisons de sa vie. Biographie p. 88.

Note du chat: Le nom authentique de ce chef-lieu, lieu de toutes les origines, faisait sourire Yves Navarre.

Etudes au lycée Pasteur, à Neuilly. Il édite une Revue, Pastoral en troisième B2-M1, avec des camarades de classe. A seize ans, il obtient son bac du premier coup (Biographie tome II p. 37). Il commence aussi à écrire des romans, des pièces de théâtre, des poèmes. Il fait ce qu'il appelle "son apprentissage".

Yves rentre villa Sainte-Foy. Le chauffeur l'attend. Il ferme la maison. Saint-Cloud l'autoroute de l'Ouest, Les Mureaux, Meulan, cette vallée verdoyante aux confins du Vexin et la descente, route en lacets, sur Vétheuil. Quand ils arrivent, la table est dressée, dehors. La famille est, là, réunie. Ils n'ont pas attendu Yves pour se mettre à table. Yves prend place, déplie sa serviette et dit simplement « je suis reçu ». Silence. Une gêne. Pas même un regard échangé. Yves se souvient de la saveur de la soupe aux fèves, ce soir-là. Le petit salé aux lentilles. La salade aux croûtons frottés à l'ail. La fine tarte aux abricots et le vin de Bordeaux. Il but à s'en cogner la tête. Pourquoi ce drame et pourquoi ces silences? Biographie tome II p. 62.

 Il lit Mythologies (Roland Barthes), Notre-Dame des Fleurs (Jean Genet), les Mémoires d'Hadrien, Coup de grâce (Marguerite Yourcenar), Fabrizio Lupo (Carlo Coccioli), voit et revoit le film Hiroshima mon amour (Alain Resnais et Marguerite Duras).

Et si chocs il y eut, outre ceux des lectures d'enfant, Le Petit Chose notamment, Les Aventures de Corentin et l'étrange immoralité de la comtesse de Ségur, il n'y eut que ceux-là, vraiment de déterminants. Biographie tome II p. 74.

1958 Vacances de Pâques, alors qu'il est sensé travailler à ses examens de math élèm (seconde partie du bac), il écrit son premier roman: La Loca, puis, au Lycée Henri IV, une boîte à bac, il poursuit avec Les Mains longues qu'il envoie l'un après l'autre aux éditions Julliard. En novembre, alors qu'il commence un nouveau roman, Les Bois morts, il obtient enfin une réponse de l'éditeur: négative.

Novembre 58. Yves a dix-huit ans. Un troisième roman s'écrit. Les Bois morts. Yves se donne l'hiver pour l'achever. Ce sera « un grand roman de mille pages », il le veut. Il reçoit une lettre de chez Julliard. Au rendez-vous donné par un des directeurs littéraires, l'homme lui dit «mais quel âge avez-vous?» «depuis quand écrivez-vous?» «vos parents le savent-ils?» «nous ne pouvons pas publier ces deux romans. Mais je tiens à rester en rapport avec vous». Yves se retrouve dans la rue, les deux manuscrits sous le bras. Refus. Tout est refusé. Il se mord les lèvres. Il pleure. Mais comme il pleut, cela n'a aucune importance: les passants ne le voient pas. Biographie tome II p. 78.

de 1958 à 1971, il présentera aux éditeurs pas moins de dix-sept manuscrits, tous refusés.

note du chat : le chiffre 17 est aussi très symbolique dans l'oeuvre d'Yves Navarre.

1960-1964, professeur d’anglais en 1960, il suit les cours de l’Ecole supérieure de Commerce et de Management (EDHEC) du Nord (Lille Nice) jusqu’en 1964.

Octobre 1961. Lille. Yves débarque au volant de sa première voiture, une 2 CV Citroën. Vêtements, objets, livres, dossiers, manuscrits, ustensiles de toutes sortes, tout ce qu'il a accumulé pendant un an, à Briançon, pour vivre seul, il l'emporte avec lui. La voiture est pleine. Boulevard Vauban, à la maison des étudiants de la Catho, on lui donne une chambre au premier étage, en façade, pièce étroite, tout en longueur, et plus haute de plafond que longue, étrange volume : Yves se sent pris dans l'étau des murs et s'emploie à rendre aimable l'endroit. Il y a de nouveau les deux tapis, les draps, les serviettes, les couvertures, la déesse du sourire, le même réchaud pour préparer le petit déjeuner et le tableau de Grenade, Christ toujours aussi pensif, impassible, sous le regard des pharisiens. Le décor est planté. Yves part à la découverte de la ville et la trouve belle, abandonnée, vidée de ses bourgeois, crasseuse, noire par endroits, toujours touchante : les trottoirs de la vieille ville sont intacts. Et les pavés. Et les estaminets. Et les trams. Et la brume. Et cette odeur d'automne, de cahiers neufs et de feuilles mortes, ce parfum fugace de rentrée des classes. Depuis quelques jours, il a vingt et un ans. Biographie tome II, chapitre 62.

1965 à 1970, concepteur-rédacteur, il travaille pour des agences de publicité. Dès 1980, il vit de sa plume.

note du chat : il s’agit d’une très grosse plume Mont-Blanc à réservoir, encre bleu royal, dont on entend déjà parler dans Biographie.

La notice bibliographique de l'édition 1972 d'Évolène (1972) indique encore Yves Navarre comme concepteur-rédacteur de publicité.


1971, première publication : Lady Black, Jean-Louis Bory qualifie cette confession de « scandaleuse, délibérément provocante ».

note du chat : J.-L. Bory est un vieil ami, grand critique de cinéma et écrivain. Il reçoit le prix Goncourt pour son roman "Mon village à l'heure allemande".

Le 7 janvier 1971, un lundi soir, vers 22 heures, un membre du comité de lecture de chez Flammarion appelle Yves. Il vient de lire les quatre cents premières pages du manuscrit. Il demande une option. Ce moment-là. Ce plaisir-là. Ce battement de coeur. Yves ce soir-là a marché des heures dans Paris : la ville, qui sait, peut-être, l'accueillerait enfin. Biographie tome II, chapitre 73.

La première réimpression de deux mille exemplaires sera immédiatement absorbée par les commandes en attente sur l'ordinateur « qui aurait pu mettre la maison en faillite ». Une seconde réimpression de deux mille ne sera jamais vendue:  janvier, trop tard. Biographie tome II, chapitre 75.

Dialogue avec Barthélémy dans l'ouvrage intitulé A travers le monde de la publicité (Paris, éditions Stock).

1972, Evolène. (Le plus suisse de ses romans)

Sept chants dans un avion, illustré par le peintre Alekos Fassianos (un ami).

1973, Les Loukoums.

note du chat : un livre qui préfigure étrangement les années noires marquées par le SIDA.

Fin août 1972, Yves achève Un village à la place du coeur. Le manuscrit a plus de huit cents pages. Il est tapé. Propre. Achevé. Mais Yves est incertain : dans ce texte, il s'est réfugié à Vétheuil, il s'est perdu à New York et Abel Devilsworth ressemble étrangement au « rencontré » de La Chute de Camus. Yves échange pour deux mois son studio de Paris contre un studio à New York. A son arrivée à New York, à l'aéroport, il est arrêté et sa valise fouillée. Dans le studio où il va vivre deux mois, l'air conditionné ne fonctionne pas. Derrière la grille de ventilation, des centaines de cafards. Yves ouvre sa valise et, avant même de la défaire, prend sa machine à écrire, enroule une feuille, écrit Les Insectes. Roman. Yves Navarre. Page 1, l'enfer, on y entre de plain-pied sans le savoir. Page 2, je voudrais déchirer les nuages… Il écrira les deux premiers chapitres dans la nuit. Et le roman en moins de quarante jours. Dernière phrase du roman, je m'arrête. Plus je tue mes fantômes, plus il en vient. L'aventure est morte. Yves reprend une feuille et tape le titre définitif, Les Loukoums, secret hommage aux origines et à la gourmandise orientales de Rasky qu'il vient de faire mourir de syphilis, dans le roman, symbole peut-être d'un mal plus profond : celui de l'attente et de l'échec amoureux. Biographie, tome II, chapitre 76.


Théâtre 1

comprenant
- Il pleut : son on tuait papa maman ?
note du chat : Pièce de théâtre encore souvent montée aujourd’hui [Compagnies Allegria (Paris), Tsétsé (Genève)…]
- Dialogues de sourdes ;
- Freaks Society ;
- Champagne ;
- Les Valises.

1974, Le Cœur qui cogne.

Texte sur Schlosser pour le catalogue de l'exposition du Musée d'art moderne de la ville de Paris (13 décembre 1973-20 janvier 1974).

Fin janvier. Yves reçoit à déjeuner, chez lui, son éditeur et le fils de son éditeur, Charles-Henri. Sur son bureau, reliés, trois romans, Un village à la place du coeur, Drummond et Lorsque le soleil tombe. Il a publié trois romans. Il « en doit » encore trois. Il ne veut pas publier ces trois romans-là. Mais ils existent. Yves les remet à Henri Flammarion en lui disant « je vous les donne non pour vous quitter mais pour rester avec vous. Le contrat que vous m'avez fait signer, et que j'ai signé, ne tient pas compte de mon travail d'écrivain ». Et Yves, alors qu'ils prennent le café, leur lit le début d'un roman qui plus tard sera publié sous le titre de Killer. Ces pages, âpres, et sous le sceau d'une sexualité autre, choquent Henri Flammarion. Après Les Loukoums, l'éditeur attend un livre « plus sage ». Yves lui annonce qu'il veut un jour vivre de sa plume. Il veut aussi de moins en moins mener de front le travail de rédacteur et celui de l'écriture. Il veut enfin un nouveau contrat s'il écrit le roman attendu. Yves veut. Mais ?

Début février. Yves part pour Joucas avec Tiffauges et sa Valentine. On ne décide pas d'écrire un roman, il s'écrit : leitmotiv de Biographie. Le jour de son arrivée, Yves tape sur une première feuille, Le Coeur qui cogne. Roman. Yves Navarre. En exergue, un poème de Maeterlinck extrait de Serres chaudes. Il n'y a pas de « commande littéraire ». Yves n'a eu qu'à se pencher pour écrire, écrire une famille, encore une famille. Pas vraiment la sienne. Une autre famille : les Dauzan. Unité de lieu : Vétheuil. Unité de temps : un week-end. Sujet unique : la tendresse, ce hasard à double tranchant. Et la maison bafouée. Et Adrienne, qui s'en va. Adrienne ou madame Dauzan.

Le 1er avril, Yves achève le roman en fin de journée. Il fait nuit. Déjà. Dans la rue du village, des bruits de voix « Pompidou est mort ! » Biographie, tome II, chapitre 76.

1975, Killer.

Septentrion, argument pour un ballet de Roland Petit, musique de Marius Constant, décors de David Hockney.

Préface pour le catalogue de Karolus Lodenkämper (Galerie Octave Negru, Paris, 7 mai - 7 juin 1975).

Avec François Verdier: Plum Parade, ou 24 heures de la vie d’un mini-cirque (livre pour enfants).

1976, Niagarak.

Il a alors quitté l'éditeur Flammarion pour passer Grasset chez qui il publie ce seul roman.

Ce matin-là, de l'été 1975, Yves va chez l'épicière, pendant que l'eau chauffe pour le thé. Il achète du lait, des yaourts, des bâtons de vanille et de l'eau de fleur d'oranger pour des compotes dont, à son tour, il a le secret. Il achète aussi Le Provençal. Pendant qu'il prend son petit déjeuner, en première page du journal, il lit l'annonce d'un meurtre non loin de Joucas, dans les Alpes-de-Haute-Provence. Le jeune employé d'un hôtel, apatride au nom étranger, aux cheveux blonds et qui, sur la photo, encadré par deux gendarmes, regarde droit l'objectif, comme s'il regardait Yves, a tué un jeune homme, mineur, dont seul le prénom est annoncé. Yves revient chez l'épicière, achète Le Méridional, en principe rival du Provençal, le premier étant de gauche, le second de droite, une division encore, et dans Le Méridional lit une autre version des faits. Sur la photo, cette fois, le meurtrier, toujours encadré par les deux gendarmes, baisse la tête. Il baisse la tête parce qu'on le fait entrer dans une fourgonnette. Mais sur la photo, il baisse la tête comme un coupable. Le Méridional accuse. La narration des faits est déjà tendancieuse. Le Provençal, lui, propose encore un peu un jugement et offre le regard de l'assassin en guise de questionnement : ça y est, roman.

Yves se met à sa machine à écrire. Après La Loca et Lorsque le soleil tombe, il va revenir une troisième fois à Huelva. Le crime a eu lieu là-bas. Le Provençal s'intitulera Pueblo et Yves recopie mot à mot le premier article en changeant seulement les noms de personnes et les noms de lieux. Le Méridional s'intitulera Patria. Le peuple d'un côté et la patrie de l'autre. Yves recopie les deux articles. Confrontation des deux versions. Le texte est lancé. C'est ainsi qu'Yves tuera enfin Rupture n° 1. Là-bas. Au bout d'un si long voyage. A Huelva. Quand il savait jouir encore. Mais de quelle jouissance parle-t-il quand il dit qu'il jouit ? Une jouissance esthétique, recherche du corps parfaitement désirable ? Une jouissance fécondante, recherche de plaisirs de compagnie, d'ordonnances et de courtoisies, débuts, en amitié, de tant de vies à deux ? Ou bien une troisième jouissance ? Mais laquelle ? La jouissance de la distance ? Ne plus donner d'importance aux pères de toutes sortes ? Ne plus trop « tout écouter » ? Ne plus se sentir attaqué ? Ne plus avoir recours à ces images qu'il mêle, tragiques, sur tous les faits de sa vie ? Niagarak. Roman. Yves Navarre. Le roman s'écrit déjà. Biographie, tome II, chapitre 82.

Théâtre 2 sort chez Flammarion

il comprend


- Histoire d’amour

lien vers une vidéo sur cette pièce de théâtre


- La Guerre des piscines
- Lucienne de Carpentras
- Les Dernières clientes.

1977, Le Petit galopin de nos corps.

Il a ainsi passé chez Robert Laffont avec lequel il publiera quatre romans

Premières lignes du roman Le Petit Galopin de nos corps. Instinctivement, Yves choisit de se réfugier dans son arbre généalogique. Saint-Pardom pourrait être Condom. Joseph et Roland, son grand-père et le beau-frère de son grand-père. Les soeurs Bérard seraient les soeurs Dumas. Bonne-Maman, Jeanne dans la réalité, se serait appelée Sabine. Yves ne change pas le prénom de Clothilde. Texte de suppositions, car Yves, somme toute de l'album de famille, ne sait rien d'autre de son grand-père qu'une photo envoyée par Margot peu après l'émission des Dossiers de l'écran. « Pour l'étrangeté de la ressemblance », avait-elle écrit. Même port de moustache, mêmes yeux, même regard. Yves citera plus tard Max Jacob, on ne chante juste que dans les branches de son arbre généalogique. Le Petit Galopin de nos corps est donc une histoire transgressée, conditionnelle, et pas inventée vraiment : l'écriture est inconditionnelle. Qu'est-ce que l'invention, en dehors de la science, sinon la relation et l'accueil d'une émotion et son offertoire ?

Cet été-là, de nuit, Yves a peur. Peur des étoiles. Le toit de la maison de Joucas le protège et fait rempart. La nuit, il travaille à ce roman, penché sur la machine à écrire. S'il lève la tête, vertige, les étoiles sont là, au-delà du toit, le grand vide et la chute. Et tout appliqué à la page, Yves « passe les nuits », s'agrippant aux mots, aux lignes. L'ouvrage «polarise» son attention. C'est la seule manière qu'il a trouvée de ne pas se laisser reprendre par le vertige du vide. II n'y en a plus qu'une : écrire, livrer, vivre dans le texte, ci le déclin d'Adrienne dont la disparition est annoncée dès les premières lignes du roman, mais il ne l'analysera qu'ici, au temps de ce chapitre, et là le sentiment de durée d'une liaison, d'un amour, d'une compagnie, comment dire ? Il prête à son grand-père un amour durable qu'il a eu le doute d'entrevoir avec Rupture n° 2 pendant les quelques mois d'hiver. Dans le texte, Yves chante. il a besoin de chanter au plus chantant. Et ce roman coule de source, sous ses doigts. Il redessine l'arbre selon lui. II veut savoir d'où vient la ressemblance. Il veut aussi, par ces pages, parler à Rupture n° 2. Et que ça continue, alors qu'apparemment tout est fini. Biographie, tome II, chapitre 86.


Kurwenal ou la part des êtres. C'est le huitième roman de l'auteur, comme la jaquette le présentant se plaît à le rappeler.

Adrienne entre, elle aussi, dans ce roman, sous les traits de madame Kurwenal, maman de Pierre, pivot de l'histoire. Et jamais personne, au lu du livre, ne mentionnera que le nom de Kurwenal est celui de l'ami de Tristan, celui qui ramène Tristan dans son pays natal et guette le bateau qui ramène Isolde. Non. A quoi bon, à quoi bon tisser de l'amour ? Si : si c'est bon, le lecteur, qui sait, aura l'impression, l'impression cette seule et unique certitude, comme un doute, d'être écouté enfin et d'être. Etre mieux. Etre. Le salaud parle alors de démagogie. Biographie, tome II, chapitre 86.

Les Loukoums sortent en Livre de poche, avec une couverture de David Hockney.

L'Ina offre sur son site une interview d'Yves Navarre réalisée par Jacques Chancel le 12 octobre 1977.

1978, Je vis où je m’attache.

Quand Yves quitte Joucas, c'est pour se rendre chez Saubade. Et sur la terrasse qui domine le Rhône, il parle avec son amie des premières pages d'un texte qui le hante et le harponne : il serait question d’Adrienne, du silence d'Adrienne et du récit de sa vie : tout ce qu'elle dit et se dit encore, en elle, derrière l'écran d'un silence de naufrage. Il serait question de lui donner la parole dans un roman qui serait tout entier elle et à elle. Premières pages du Silence du ciel que Saubade écoute, lues à voix haute par Yves, et qui lui font dire « je veux la suite. Tu me liras la suite, demain ? » Et ainsi de suite. Qui écrit alors ? L'amie qui demande ou l'auteur qui frappe les mots ?

Yves rencontre, ces jours-là, Jacques qui doit mettre en scène La Guerre des piscines au Petit-Odéon. Ils deviendront amis comme d'autres deviennent amants. Seule différence : la durée et la confiance. Quand Jacques épousera Nicole, il sera témoin de leur mariage, un jour d'hiver, mairie du IXe arrondissement, deux époux et deux témoins. Jacques et Nicole ont deux chats, un «lui» et une «elle», comme Yves.

Début août, Saubade annonce à Yves qu'elle doit aller à Paris pour se faire faire des analyses. Elle se sent fatiguée. C'est une fin d'après-midi. Le soir, il y a représentation de Fidelio au théâtre antique d'orange. Yves s'y rendra seul. A l'entracte, il quitte le théâtre, fiévreux. Il claque des dents. Palpitations. Deux jours plus tard, il remonte à Paris et, alors que Saubade ne l'attendait pas, il lui rend visite à l'hôpital Henri-Mondor, longs couloirs, portes entrouvertes, visions d'êtres, hommes, femmes, enfants, sous perfusions, condamnés pour la plupart : Saubade est perdue. Mais quand Yves est là, elle sourit. Elle veut la suite du roman. Et c'est pour elle autant que pour Adrienne qu'Yves écrit Le Silence du ciel qui, demande du troisième éditeur, deviendra Je vis où je m'attache, titre choisi par Saubade, à cause du lierre poussant sur la façade de la maison de Joucas. Biographie, tome II, chapitre 88.

1979, Portrait de Julien devant la fenêtre

note du chat : richement illustré par le peintre Alekos Fassianos.

Yves Navarre revient chez Flammarion où il publie Le Temps voulu.

Cet ouvrage avait été refusé par Robert Laffont.

Février 1979. Yves, obsédé par « l'histoire de Rupture n° 3 », ne peut écrire rien d'autre que cette histoire-là. Il sait que le Portrait de Julien devant la fenêtre, publié à contre-coeur, ne trouvera pas de plus large audience. Oui, ce n'est jamais assez d'amour. Et, menace contractuelle, quatre romans en trois ans : à partir de juillet, il ne touchera plus de mensualités. Il lui faut écrire un roman, le roman que l'éditeur attend. Mais, encore et encore, lequel ? Yves se sent plus que jamais amputé, incapable : de quelle ronde s'agit-il ? Emanuel lui dit « écris Rupture n° 3 puisqu'il dort en travers dans ta tête. Ecris cette histoire. Telle quelle. Ecris-la non pour l'effacer, mais pour bien en connaître le dessin, et alors peut-être seulement oublier ». Et Yves écrit, de jour et surtout la nuit, Le Temps voulu. Encore un roman inattendu.

Mai 1979. Le troisième éditeur invite Yves à déjeuner. Yves se souvient de Carlo, dans les années 50, clamant, avec son accent italien, « quand un éditeur m'invite à déjeuner, c'est que tout va très mal ». Le troisième éditeur, en fin de repas, dit à Yves « nous sommes amis », « tu peux me faire confiance », « je continuerai à te verser des mensualités » et, à propos du Temps voulu : « Bien sûr, on sent que tu es derrière chaque ligne. Que c'est toi. Ta vie. Mais c'est dommage que Pierre ne s'appelle pas Martine. »

Publication du Portrait de Julien devant la fenêtre. Plus de braises. Rien que des cendres. Yves a porté Le Temps voulu à son premier éditeur. Il « revient à la maison ». Il signe pour trois ans, trois romans, trente-six mensualités. Biographie, s'il est publié en un seul tome, comme Yves le souhaite, sera le troisième de ces trois dus. Et après ?

Juin 1979. Mort de Jean-Louis. Une balle dans le coeur. Quelle comédie lui a-t-on fait jouer pour qu'il se tire une balle dans le coeur ? Pas dans la tête. Biographie, tome II, chapitre 88.

Théâtre 3

comprenant
- September Song
- Le Butoir
- Vue imprenable sur Paris
- Happy End.

1980, Le Jardin d’acclimatation (prix Goncourt).


Le Cœur qui cogne sort en Livre de poche.

Préface de Facing Up d' Arthur Tress  (éditions Bernard Letu, Genève).

Participation à l'ouvrage sur Michel Tournier (éditions Sud, Marseille).

Lundi 1er septembre. Premier jour du compte à rebours. Milieu de l'après-midi. Les chats font la sieste. La fête de Joucas est finie. Le calme est revenu. Le Jardin d'acclimatation sort aujourd'hui en librairie. Marc et Marguerite m'ont apporté hier un petit texte paru dans un hebdomadaire résumant ainsi le roman, Henri Prouillan, homme politique ambitieux, a sacrifié sur l'autel de sa carrière son fils Bertrand coupable d'homosexualité. Vingt ans après, ses enfants, sa soeur et lui-même se souviennent. Et voilà ! Tout se trame de nouveau dans un sens résumé, désigné, étiqueté, abusif. Il faudrait d'une part me réjouir de ne déjà plus être l'auteur d'un texte passé sous silence, et d'autre part taire en moi le danger évident d'une telle analyse. Or, l'ambition, le sacrifice, l'autel et la culpabilité de l'homosexualité, tout est d'emblée, avant même le lu du livre, ramené au carcan de cette morale faussement ouverte qui gouverne, surtout envers et contre tous, définit et minimise. Non que le propos du Jardin soit grand mais, dans la réalité du roman, je lance défi au lecteur attentif d'y lire quoi que ce soit d'aussi dogmatiquement affirmé. Je cherche, depuis toujours, depuis que je me suis coincé la tête entre les barreaux de mon berceau, diable d'incident, ma petite madeleine , une écoute à la mesure juste d'une écriture, un regard au niveau égal de l'humain : rien, dans nos comportements, n'est ainsi distingué au sens de la ségrégation. Biographie, tome II, chapitre 79.

18 novembre, article dans la Tribune de Genève de Jean Vuilleumier (écrivain et critique suisse) intitulé "Le Goncourt à Yves Navarre... et le Renaudot à Danièle Sallenave". Jocelyne François reçoit le Femina.

Vidéo lors de la réception du prix Goncourt

Yves Navarre parle avec un certain écoeurement de l'accueil des médias, suite à ce prix, dans Carnet de bord (1988).

Le métier de concepteur-rédacteur, poursuivi jusqu'alors, est abandonné.

Mercredi 24 septembre. 16 heures : je viens de corriger ce chapitre en pleurant. Et sans changer un mot. C'est ainsi : maman est morte, ce matin. Adrienne, maman, ma mère. Demain matin, au lever du jour, je prendrai le chemin de Condom. Biographie, tome II, chapitre 94.

1981, Biographie (note du chat : il est aussi sorti en deux volumes dans le Livre de poche).
Mon Oncle est un chat (livre pour enfants).

1982, Romances sans paroles.
Evolène sort en Livre de poche.

Swimming pools at war [la guerre des piscines] (traduction de Donald Watson).

1983, Premières pages.
Niagarak et Le Temps voulu sortent en Livre de poche.

1984, L’Espérance de beaux Voyages été/automne, L’Espérance de beaux Voyages hiver/printemps.

Romances sans paroles sort en Livre de Poche.

Yves Navarre est victime d'un "incident cérébral" le 11 novembre 1984. Sa descente aux enfers et sa renaissance (Yves Navarre n'est pas gascon pour rien !) sont relatées dans Les Fleurs de la mi-mai (1988)

1986, Louise.

Il passe chez Albin Michel où il publie Une vie de chat (prix trente millions d’amis)

note du chat : il est aussi sorti dans le Livre de poche.

2 mai 1986, participation à une émission de télévision (Antenne 2, Apostrophes) intitulée Quand les héros sont des animaux, avec Julian Barnes, Robert Delort, Alain Gerber, Jules Merleau-Ponty et Carl-Hennig Wijkmark, réalisation Jean-Luc Léridon.

1987, Fête des mères.

1988, Romans, un roman

composé de Lorsque le soleil tombe ; Drummond ; Le souper des loups ; Les fleurs de la mi-mai ; Lukas ; Villa des fleurs ; Carnet de bord

La genèse de ces sept romans ainsi que celles d'Une vie de chat et de Fête des mères sont racontées dans Carnet de bord qui figure une suite de Biographie.

Fête des mères sort en Livre de Poche.

Enregistrement avec voix de l'auteur d'extraits de Une vie de chat en K7 audio.

Décoré de la Légion d’honneur (Journal officiel du 14 juillet 1988, Le Monde du 15 juillet 1988) par le Président François Mitterrand.

Emanuel Ungaro.

avec Emanuel Ungaro.

A corps perdu, film de Léa Pool, sur le scénario de Kurwenal, sort en salle le 30 septembre 1988 (Canada)

1989, Hôtel Styx.

lien vers une vidéo pour la sortie de ce roman

Je vis où je m'attache paraît en Livre de Poche

avec le portrait de sa mère en couverture. La 4e de couverture (comme pour la plupart des romans) est de l'auteur.

Départ pour le Québec.

1990, La Terrasse des audiences au moment de l’adieu.
Douce France.

1991, Ce sont amis que vent emporte.

1992, La vie dans l’âme (Chroniques).

Prix de l'Académie française pour l'ensemble de son oeuvre.

Hôtel Styx sort en Livre de poche.

1993, Poudre d’or

note du chat : jaquette illustrée par A. Fassianos.

Pour dans peu.

Ainsi donc ou la sonate en do majeur dite Facile de W.A.M. In : Mémoire blanche, Paris, Accords, éditions, p. 125-143 (illustration d’Eduardo Arroyo).

1994,

« Yves Navarre, prix Goncourt en 1980 et auteur d'un trentaine de romans, s'est donné la mort lundi 24 janvier à son domicile parisien, en absorbant des médicaments. Il était âgé de cinquante-trois ans ».
Tiré de l’article de Marsan Hugo paru dans Le Monde, 26 janvier 1994.

Dernier dimanche avant la fin du siècle.

1996, La ville atlantique.

1997, avec Pierre Salducci, Un condamné à vivre s'est échappé.

2000, La dame du fond de la cour.

2006, rééditions du Petit Galopin de nos corps en format de poche avec une préface de Serge Hefez, de Portrait de Julien devant la fenêtre et de Sweet Tooth [édition anglaise des Loukoums] dans une traduction de Donald Watson (un ami).

Avant que tout me devienne insupportable (trois nouvelles inédites).

création du site avec une photographie d'Arthur Tress comme cache.

2007, Il Giardino zoologico [édition en italien du Jardin d'acclimatation] paraît, alors que le texte original, lui, est difficile à trouver ailleurs que chez les bouquinistes.

2008, L'éditeur Flammarion écrit aux responsables de l'oeuvre qu'il renonce à publier à nouveau l'oeuvre d'Yves Navarre. Après Robert Laffont, c'est donc l'éditeur principal d'Yves Navarre qui laisse à d'autres, plus téméraires, le soin de poursuivre la diffusion des textes de l'auteur, pour que celui-ci continue de trouver son public.

Une carte postale de promotion est disponible, toujours avec l'illustration d'Arthur Tress.

Les éditions H&O proposent à Sylvie Lannegrand de préfacer trois oeuvres d'Yves Navarre pour des rééditions: Ce sont amis que vent emporte, Kurwenal ou la part des êtres et, surtout, Le Jardin d'acclimatation.

2009 Les éditions Albin Michel écrivent aux responsables de l'oeuvre pour proposer une édition électronique des oeuvres d'Yves Navarre qu'ils ont dans leur catalogue.

Les éditions H&O sortent à l'automne les 3 rééditions prévues. Elles demandent à nouveau une contribution à Sylvie Lannegrand pour préparer la réédition de Le Temps voulu.

2010 Yves Navarre aurait fêté ses 70 ans le 24 septembre 2010. A notre connaissance, nul hommage ne lui a été rendu.

Les éditions H&O proposent de poursuivre la réédition des oeuvres en rééditant Lady Black avec une préface (la 5e!!) de Sylvie Lannegrand. Cette dernière se montre d'ailleurs très active en préparant de nombreuses conférences sur Yves cette année-là:

Mars 2010 : « L’écriture de soi, enjeu de l’espace intérieur : le Journal intime d’Yves Navarre », 20th/21st Century French & Francophone Studies International Conference, Université de Guelph, « New Worlds, New Spaces / Nouveaux mondes, nouveaux espaces », Toronto, Canada.

Avril 2010 : « Écrire ou la mort : traitement romanesque et diaristique de la mort chez Yves Navarre », Colloque international, Northeast Modern Language Association (NeMLA), « Scénographie de la maladie et de la mort aux XIXe et XXe siècles », séance «Écrire son mal, écrire sa mort », Montréal, Québec.

Juin 2010 : « Le Journal inédit d’Yves Navarre », séminaire organisé par l’équipe Genèse et Autobiographie de l’ITEM, CNRS-ENS, thème « Genèse autobiographique et collecte des traces », Paris.

Octobre 2010 : « Rapports entre l’œuvre et le Journal d’écrivain – étude d’un corpus inédit : le Journal d’Yves Navarre », 12ème rencontre annuelle de l’ADEFFI, journées d’études des 29 & 30 octobre, Mary Immaculate College, Limerick.

Octobre 2010 : « Voies intimes : réflexion sur le Journal d’Yves Navarre et le chassé-croisé des genres », Colloque international sur «Les journaux d’écrivains : questions génériques et éditoriales», Université Stendhal-Grenoble, Grenoble.

2011 Sortie de Lady Black en livre de poche aux éditions H&O.

...et le site continue d'évoluer patounes à patounes, avec la mise à disposition de Louise et Killer en version scannée image pour les amateurs de sensation "brut".

2012 Le Chat se réveille d'une longue léthargie et propose aux internautes une nouvelle page consacrée au Théâtre d'Yves Navarre.

Au printemps 2013, le Chat a retrouvé dans un tiroir un projet de roman, Le Bureau des enfants perdus qui ne sera jamais édité, mais "pillé". Des morceaux de ce roman peuvent être trouvés sous forme de nouvelles, dans la Revue des deux mondes par exemple ou dans la revue NYX éditée grâce à la collaboration avec Pierre Salducci.

Bonne nouvelle aussi pour les lecteurs d'Yves Navarre sur kindle, car plusieurs titres sont disponibles sur cette plateforme électronique:

Le Jardin d'acclimatation
Lady Black
Le Temps voulu
Avant que tout me devienne insupportable
Ce sont amis que vent emporte
Portrait de Julien devant la fenêtre
Kurwenal, ou La Part des êtres
.


Le 24 janvier 2014, il y aura vingt ans qu'un condamné à vivre s'est échappé et qu'Yves Navarre aura trouvé l'entrée de secours comme il le disait lui-même.
Vingt ans que des fervents d'ici et d'ailleurs lisent, relisent et font connaître l'oeuvre.
Vingt ans que le droit à l'indifférence n'est toujours pas un fait acquis.
Pour poursuivre l'aventure de ce site, le Chat fera un effort accru pour publier de nouveaux écrits, textes publiés et inédits.
Mais c'est un chat, et il dort beaucoup...

Donc patience.

 

Note générale du chat à l'intention des navarriens plus vétilleux : des contacts sont toujours et encore en cours pour montrer le foisonnement de relations qu'Yves Navarre a entretenu avec le monde contemporain. Ces Repères s’en trouveront ainsi constamment enrichis.

Voir la page Bibliographie pour l'ensemble de l'oeuvre, les extraits et les rééditions.

 

Pour revenir à l'introduction.